Commission européenne : Oliver Várhelyi nie la réduction des risques des produits sans combustion

Les déclarations récentes du commissaire européen à la santé, Oliver Várhelyi, suscitent une vive controverse au sein de la communauté scientifique et des acteurs de la santé publique. En affirmant que l’usage de produits du tabac et de la nicotine sans combustion ne réduirait pas les risques par rapport au tabagisme fumé, le responsable européen adopte une position en rupture avec l’état actuel des connaissances scientifiques.

Cette prise de position intervient dans un contexte sensible, alors qu’Oliver Várhelyi est chargé de piloter l’évaluation de la politique européenne de lutte contre le tabac, préalable à la révision de la directive sur les produits du tabac (TPD).

Une déclaration en contradiction avec le consensus scientifique

Dans une réponse récente à une question parlementaire, le commissaire a déclaré qu’« utiliser des produits du tabac et de la nicotine sans combustion […] ne réduit pas les risques pour la santé », ajoutant qu’aucun niveau de consommation de tabac ou de nicotine ne pouvait être considéré comme sûr. Il a également évoqué un risque de dépendance et un possible rôle de « porte d’entrée » vers le tabagisme.

Si l’absence de risque zéro fait consensus, l’affirmation selon laquelle les produits sans combustion n’apporteraient aucune réduction des risques contredit de nombreuses études scientifiques. Une littérature abondante montre en effet une diminution significative de l’exposition aux substances toxiques chez les utilisateurs exclusifs de cigarettes électroniques comparativement aux fumeurs de cigarettes combustibles, même si les effets cliniques à très long terme continuent d’être étudiés.

Nicotine, cancer et raccourcis scientifiques

Les propos d’Oliver Várhelyi s’inscrivent dans une série de déclarations déjà contestées. En octobre dernier, il affirmait que la nicotine « provoque le cancer », une assertion qui ne correspond pas aux conclusions des principales autorités sanitaires internationales. La nicotine est reconnue pour son potentiel addictif et ses effets cardiovasculaires, mais elle n’est pas classée comme substance cancérigène, contrairement aux nombreux composés issus de la combustion du tabac.

Cette confusion entre nicotine et tabagisme combustible entretient une lecture simplifiée des risques, régulièrement dénoncée par des chercheurs spécialisés en réduction des risques.

Le mythe persistant de la « maladie des poumons pop-corn »

En mai 2025, le commissaire européen avait également évoqué le risque de bronchiolite oblitérante, communément appelée « pop-corn lung », associée au diacétyle. Or, cette substance est interdite dans les e-liquides commercialisés dans l’Union européenne depuis l’entrée en vigueur de la TPD en 2016, au titre des substances présentant un danger par inhalation.

De nombreux fabricants avaient par ailleurs retiré le diacétyle de leurs formulations bien avant cette interdiction, dès les premières alertes sanitaires. À ce jour, aucun cas documenté de bronchiolite oblitérante n’a été attribué à l’usage réglementé de la cigarette électronique en Europe.

Un enjeu majeur pour la révision de la directive tabac

Ces prises de position interrogent d’autant plus qu’Oliver Várhelyi supervise le rapport d’évaluation de la politique antitabac européenne. Ce document doit servir de socle à la future révision de la directive sur les produits du tabac, qui encadre notamment les cigarettes électroniques et autres produits sans combustion.

En niant toute notion de réduction des risques, la Commission européenne s’expose à un décalage croissant entre ses orientations politiques et l’état des connaissances scientifiques disponibles. Un enjeu central, alors que les décisions à venir auront un impact durable sur la santé publique et la régulation des alternatives au tabagisme.

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